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Les néoconservateurs et leurs complices

In Articles on 21 décembre 2011 at 0 h 17 min

Une ambition modelée depuis plusieurs décennies

D’anciens sympathisants de la gauche américaine, ces jeunes leaders déçus de l’enlisement des valeurs à gauche, ont basculé vers les élites de droite réactionnaire dans le but de régénérer le mythe américain. « Commentary Magazine », une revue fondée par l’American Jewish Committee en 1945, était à l’origine un journal positionné dans le courant libéral, mais au fil du temps, il est devenu une parution majeure pour le mouvement néocons. Dans son ouvrage « Running Commentary », Benjamin Balin écrit que « le magazine a transformé  des juifs de gauche en mouvement néo-conservateur de droite ».

Book review: Running Commentary 

 

Influences intellectuelles

En premier lieu, citons l’américain d’origine allemande, le philosophe politique Leo Strauss qui a influencé plusieurs de ses élèves, comme Allan Bloom, Francis Fukuyama, et un petit groupe d’intellectuels qui dans leur jeunesse étaient trotskistes avant de devenir libéraux. Ces derniers comprennent entre autres Irving Kristol, éditeur de la revue Commentary, puis les éditeurs de la revue britannique Encounter, un journal subventionné par la CIA ( révélation du New York Times en avril 1966). Norman Podhoretz, autre mentor des néo-conservateurs, fut de 1960 à 1995, le rédacteur en chef du mensuel Commentary.

La doctrine 

Le néoconservatisme est donc une variante de l’idéologie politique du conservatisme qui combine les caractéristiques du conservatisme traditionnel et de l’individualisme qu’il qualifie de libre entreprise. Les néoconservateurs ont approuvé la totalité des programmes anti-sociaux conçus pour bouleverser les structures de l’aide sociale. Pour eux, seules les initiatives privées ont pour fonction de renforcer la charité, via le financement d’organisations religieuses qui ont seules la vocation à s’occuper en direct des pauvres et des marginaux. L’Etat en est lui réduit à devenir un simple auxiliaire des conglomérats de l’énergie ou de l’armement.

 

En politique étrangère, les néo-conservateurs prétendent lutter contre le terrorisme et l’extrémisme, et mettre en œuvre l’installation de démocraties dans les pays émergents, sous la forme d' »aides » auprès de ces pays pour qu’ils adoptent des gouvernements démocratiques. Dans les faits, le néoconservatisme a pris la forme d’une politique volontariste et interventionniste, soutenant certaines dictatures quand elles leurs étaient favorables, en particulier les monarchies pétrolières du Golf. Les néoconservateurs ont également apporté un soutien inconditionnel au Likoud, le parti de l’extrême-droite israélienne. Là est tout le paradoxe de cette mouvance : une alliance entre ultra-sionistes venue de la gauche trotskiste, et fondamentalistes chrétiens de type évangélique, qui au nom de l’intérêt économique ont conforté des liens avec les monarchies arabes. Mais comme l’affirme un certain Henry Kissinger, « Les grandes puissances n’ont pas de principes, seulement des intérêts. » 

Carlyle group, Bush et Ben Laden, une histoire de famille 

En 1997, un petit groupe de personnes pour la plupart républicains sous l’influence idéologique des théoriciens Léo Strauss et Norman Podhoretz, fonde le « Project for the New American Century » – Projet pour le Nouveau Siècle Américain (PNAC) – véritable programme d’action qui va s’avérer capable d’influencer la plupart des partis, des réseaux d’influence, des niveaux décisionnels, et surtout des médias.

 

Un think tank américain 

… qui ne cache pas son ambition : Promouvoir le leadership américain sur le reste du monde. William Kristol, président du PNAC, nous explique en effet que « ce qui est bon pour l’Amérique l’est pour le monde ». Néanmoins, comme tout à un prix, cet expansionnisme demande de l’énergie diplomatique, mais surtout des moyens militaires. Le rapport rédigé en 2000 par les membres du PNAC « Reconstruire les défenses de l’Amérique » est sans équivoque, et résume à lui seul les intentions bellicistes du Project for the New American Century : Augmenter le budget militaire, maintenir une supériorité nucléaire, moderniser les équipements militaires… 

Qui sont-ils ? 

William Kristol, Robert Kagan, Devon Gaffney Cross, Bruce P. Jackson et John R. Bolton, Gary Schmitt, Dick Cheney (futur Vice-président des Etats-Unis), Donald Rumsfeld (futur secrétaire d’Etat à la Défense), Paul Wolfowitz (futur sous-secrétaire d’Etat à la Défense, Président de la Banque Mondiale), Jeb Bush (Gouverneur de Floride), Richard Perle (Conseiller de G.W. Bush aux Affaires Etrangères)…

Leur stratégie est-elle toujours d’actualité ?

Lors d’une conférence donnée à San Francisco le 3 octobre 2007, Wesley Clark, général 4 étoiles retraité des Forces armées des Etats-Unis, affirme que dix jours après le 11-Septembre, les invasions de l’Irak, de la Libye, de la Syrie, de l’Iran et de plusieurs autres pays du Moyen-Orient avaient déjà été planifiées.

Le plan US post 11/9 : envahir 7 pays dont l’Irak, la Lybie, la Syrie et l’Iran, selon le général US Wesley Clark

L’illusion d’un débat contradictoire : 

1/ La version plutôt républicaine 

Il s’agit de la doctrine du « Choc des civilisations » inspirée par l’intellectuel Samuel Huntington qui fut membre du Conseil de sécurité nationale au sein de l’administration Carter. Pour lui, la source fondamentale de conflit dans ce nouveau monde ne sera pas essentiellement idéologique ou économique, mais principalement culturelle, et les principaux conflits de la politique mondiale se produiront entre nations et groupes de différentes civilisations.

Dès lors, comment concocter une stratégie de domination, déguisée en science, qui exploite ce constat ? Huntington souligne le retour des identités culturelles, mises entre parenthèses durant l’époque de l’ordre binaire de la guerre froide (1947-1990). Le monde se divise en une dizaine de civilisations : Les civilisations chinoise, japonaise, hindoue, islamique, occidentale, latino-américaine, africaine et orthodoxe. Une classification huntingtonienne purement arbitraire, contestable et contestée. En effet, Huntington ne tient pas compte dans sa proposition des enjeux politico-financiers, des différences religieuses entre mondes musulman et chrétien, il postule que l’Occident est garant des valeurs démocratiques, ou encore il inclut la Grèce uniquement dans l’univers orthodoxe. Selon lui le monde arabo-musulman serait entré en guerre contre le monde judéo-chrétien. Il décrit l’islam et la Chine comme « des puissances grandissantes potentiellement unies » et parle de « la filière islamo-confucéenne », face à un Occident déclinant au XXIe siècle. Opposé à un interventionnisme direct, il préconise le conflit par pays interposés afin d’éliminer les rivaux. Selon lui l’intervention occidentale dans les affaires des autres civilisations est probablement la source la plus dangereuse d’instabilité et de conflit potentiel global dans un monde multi-civilisationnel. Washington doit passer un accord de zone d’influence avec Moscou, soutenir le Japon habilement pour en faire un concurrent de la Chine en Asie, et ainsi empêcher Pékin d’élargir l’axe islamo-confucéen. 

Malgré des différences notables, en particulier sur le procédé le mieux adapté pour servir les intérêts américains dans le reste du monde par des interventions directes ou indirectes, les thèses d’Huntington servirent de support idéologique aux dirigeants de l’administration Bush Jr, combinant ainsi une forme de sublimation du religieux à d’autres impératifs beaucoup plus stratégiques et pragmatiques, ce que Bush Junior a appelé « la guerre contre l’axe du mal ».

(La formule « choc de civilisations » fut lancé pour la première fois par Bernard Lewis à la fois consultant du Conseil de sécurité nationale des États-Unis et conseiller de Benyamin Netanyahou alors ambassadeur d’Israël à l’ONU).

2/ La version plutôt démocrate

Zbigniew Brzezinski n’est pas un néo-conservateur au sens strict, néanmoins son influence au sein du pouvoir profond américain fait de lui un personnage incontournable du dispositif américain en matière de politique étrangère. Il prône la méthode douce en apparence, et se fait une spécialité de la guerre indirecte et durable de faible intensité. Pour y parvenir, il défend le financement de groupes terroristes. Comme l’affirme l’ancien directeur de la CIA Robert Gates dans ses Mémoires : les services secrets américains ont commencé à aider les moudjahidine afghans six mois avant l’intervention soviétique. Robert Gates, l’homme de Brzezinski, est le véritable fil conducteur des idées du PNAC chez les républicains et chez les démocrates. Il a été secrétaire à la Défense des États-Unis sous George Bush Jr, et il a conservé son poste avec Obama. 

Pour Brzezinski la suprématie américaine est un impératif géostratégique. Il est primordial qu’aucun pays challenger n’émerge et soit capable de dominer l’Eurasie.

Il écrit : « L’Asie centrale et la mer Caspienne sont connus pour contenir des réserves de gaz naturel et de pétrole qui éclipsent celles du Koweït, du Golfe du Mexique, ou de la mer du Nord… Cela met l’accent sur les manœuvres et les manipulations que ne devons mettre en place, afin de prévenir l’émergence d’une coalition hostile qui pourrait chercher à contester la primauté de l’Amérique. La tâche la plus urgente consiste à s’assurer qu’aucun Etat ou combinaison d’Etats gagne la capacité d’expulser les États-Unis de l’Eurasie ou même de diminuer de manière significative son rôle décisif d’arbitrage. » 

Zbigniew Brzezinski, un homme omniprésent quel que soit le pouvoir en place. Conseiller de la sécurité nationale sous la présidence de Jimmy Carter (1977-81), Administrateur et fondateur de la Commission Trilatérale sous Ronald Reagan – membre du NSC-Département de la Défense, membre du Foreign Intelligence, ancien membre du conseil d’administration du Council on Foreign Relations (C F R), en 1988 il est conseiller à la sécurité nationale pour l’administration Bush père, et il fut également l’un des membres participants au Groupe de Bilderberg. Actuellement, Brzezinski est le Conseiller d’Obama en politique étrangère. 

Le néo-conservatisme d’aujourd’hui est un produit générique

Contrairement à d’autres entités autoritaires de type fasciste, le système néo-cons est beaucoup moins rigide et grossier, et s’appuie sur une nébuleuse de sous groupes permettant ainsi de cibler un public spécifique. Dans les faits, il en résulte un un réseau plus ou moins formel, aux engagements politiques multiples, imposant son propre dictat. N’y voir qu’un bloc monolithique contribue à mener à l’impasse toute analyse sur ce sujet. En effet, il est relativement vain de chercher une quelconque ressemblance culturelle entre un néo-cons millénariste créationniste américain et un néo-cons de tendance libertaire.

Malgré tout, un examen d’ensemble nous permet de comprendre les liens qui les unissent. 

 

En France, qui sont-ils ? Un faisceau d’indices à notre disposition

Véritables agents de diffusion d’une idéologie, ils constituent un réseau de convergence d’intérêts considérables, venant d’horizons politiques pourtant très différents : Ultra gauche, gauche libérale, droite réactionnaire, droite libertaire ou encore simples opportunistes. Ainsi, ce qui pourrait apparaître comme un handicap au regard des antagonismes culturels initiaux, devient au final une arme redoutable qui fait d’eux de terribles représentants multi-cartes, un avantage certain quand l’objectif est d’influencer les médias et la société en général. 

Terra Nova, l’American Jewish Committee et la guerre contre l’Iran – Les blogs du Diplo

Une indication : Même déguisés, ils utilisent tous une sémantique similaire, ainsi « l’islamo-fascisme » est un terme utilisé de manière récurrente, toujours très présent chez les néo-cons revendiqués, notamment chez Norman Podhoretz le père spirituel.

Autre indication : A aucun moment vous ne trouverez l’un d’entre eux appeler à juger comme criminels de guerre Georges W.Bush, Dick Cheney, Condoleezza Rice, ou bien Donald Rumsfeld. Ils concluront toujours par un « oui, mais l’Amérique est une grande démocratie ». 

Quel est leur but ? 

1/ Promouvoir le “leadership” mondial des États-Unis sur le reste du monde en justifiant les guerres impérialistes.

2/ Lutter contre toute forme de conscience divergente et cela par tous les moyens envisageables, du contrôle des lignes éditoriales au recours à la calomnie et au mensonge.

Alors pourquoi ce site ?

Deux choix s’offrent à nous : Ne rien faire et dans ce cas, ces prédateurs nous conforterons assurément dans un véritable ghetto mental, ou alors résister en contestant ce qui les anime : « L’appétit du Pouvoir ». Dans un premier temps, il s’agit d’identifier leurs liens et leurs intérêts communs, afin de leur faire face en toute connaissance de cause. 

Nous avons identifié cinq catégories bien distinctes parmi les soutiens français à l’idéologie néoconservatrice, même si certains peuvent appartenir à plusieurs groupes.

Les directeurs de conscience

Ils se revendiquent islamophobes 

Les opportunistes 

Le Cercle de l’Oratoire 

Le Business sécuritaire 

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