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Retour sur les think tanks néolibéraux qui ont changé le monde

In Articles on 9 mai 2013 at 16 h 30 min

Pour comprendre l’histoire du néolibéralisme, nous vous invitons à « suivre le guide » Alain Madelin, du Mont-Pèlerin à l’Institut Turgot

Caricature : Madelin Alain
2011, Madelin participe à « Ce Soir ou Jamais »

Le 11 octobre 2011 sur France3, dans l’émission de Frédéric Taddeï « Ce soir ou jamais », l’un des sujets abordé est « Faut-il sauver les banques, et à quel prix ? ». L’économiste Frédéric Lordontoujours très éloigné du discours néolibéral, propose de nationaliser tout le système bancaire. Une proposition développée dans son ouvrage de 2009 « La crise de trop. Reconstruction d’un monde failli« .

« De la refonte totale des structures bancaires en un « système socialisé du crédit » jusqu’au desserrement des deux contraintes qui écrasent le salariat – celle de la rentabilité actionnariale et celle de la concurrence internationale sans rivage -, il s’agit de saisir l’opportunité historique d’une nouvelle donne « , seule à même de dénouer une crise sociale extrême. »

Invité à l’occasion de cette soirée sur le plateau de l’émission de Frédéric Taddeï, Alain Madelin caricature les positions de Lordon en faisant référence à la Corée du nord, Cuba et l’URSS. Une fois de plus, il a recours aux vieilles ficelles de l’anticommunisme. Il conclura son élocution par la formule suivante : « Ce monde, aimez-le ou quitter-le ».

Mais de quel Monde nous parle Alain Madelin ? Qui est Alain Madelin ? Quels sont ses réseaux, sa ligne idéologique, son parcours ?

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2002 : L’Institut Turgot

La première étape de notre visite nous conduit sur le site de l’Institut Turgot. Alain Madelin y a signé une quarantaine de billets, nous expliquant en permanence que la gauche est trop à gauche et la droite pas assez à droite.

L’Institut Turgot est un think-tank ultra-libéral créé en 2002 par Jacques Raiman sur le modèle de l’Institute of Economic Affairs créé à Londres dans les années 1950, qui a préparé le terrain de la « dés-étatisation » en Grande-Bretagne.

Parmi les auteurs on remarque : Jacques Raiman membre de la Société du Mont-Pèlerin – Bertrand Lemennicier, Société du Mont Pèlerin et administrateur de l’ALEPS – Emmanuel Martin qui a travaillé pour l’ALEPS – Florin Aftalion ancien membre de la Société du Mont Pèlerin et du conseil scientifique de l’ALEPS – Georges Lane Administrateur et trésorier de l’ALEPS – Jean-Luc Migué, membre de la Société du Mont-Pèlerin – Jean-Yves Naudet, qui écrit régulièrement dans La Nouvelle Lettre de l’ALEPS – Leonard Liggio, ancien président de la Société du Mont Pèlerin – Jean-Philippe Feldman, administrateur de l’ALEPS – Michel Kelly-Gagnon, membre de la Société du Mont Pèlerin – Victoria Curzon-Price, ancien président de la Société du Mont Pèlerin – Guy Millière et Michel Gurfinkiel, deux contributeurs permanents du site islamophobe DREUZ.info.

1966 : L’association pour la liberté économique et le progrès social (L’ALEPS)

Cette association se présente ainsi : « Le libéralisme est un humanisme. Il ne concerne pas seulement la vie économique, mais toute la vie en société. A ce titre, l’ALEPS rassemble des universitaires, des hommes politiques, des responsables d’entreprises, des étudiants, tous épris des idées de liberté et de responsabilité.« 

Mais la réalité est tout autre : financée par l’UIMM, la caisse noire du patronat, l’ALEPS fut l’une des principales structures de propagande du patronat, une officine reconnue pour avoir recyclé d’anciens militants de l’extrême droite de la fin des années 60, via Georges Albertini, l’ex Secrétaire général du parti acquis à Allemagne nazie, le Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat. Albertini sera condamné en décembre 1944 pour « intelligence avec l’ennemi ». Alain Madelin fut l’un des bénéficiaires du grand recyclage.

Leur petite entreprise ne connaît pas la crise

Son fondateur Jacques Rueff et l’Ecole autrichienne :

L’ALEPS fut fondée officiellement en 1966 par Jacques Rueff, un conseiller de Charles de Gaulle. Rueff a toujours été très proche des idées ultra-libérales de l’École autrichienne de l’économiste Friedrich von HAYEK, un adepte de la dérégulation de l’économie, qui affirmait que l’abandon de l’individualisme et du libéralisme classiques conduit inévitablement à une perte de la liberté, et à la création d’une société oppressive. Ce qui n’empêcha pas HAYEK de faire l’éloge du régime dictatorial chilien d’Augusto Pinochet, le général qui pris la tête du Chili lors du coup d’État du 11 septembre 1971 contre le gouvernement du président socialiste Salvador Allende, élu démocratiquement en 1970.

Les horreurs du Plan Condor face à la justice

HAYEK écrivait : « Personnellement je préfère un dictateur libéral à un gouvernement libéral démocrate par défaut. Mon impression personnelle est valable pour l’Amérique du Sud et le Chili en particulier ». Hayek et Rueff ont aussi participé à la création de la Société du Mont Pèlerin.

Le projet ALEPS : ses membres issus du Mont Pèlerin

Florin Aftalion, membre de la Société du Mont Pèlerin – Henri Lepage, membre de la Société du Mont Pèlerin et membre du conseil d’administration de l’Institut Turgot – Jacques Garello, membre de la Société du Mont-Pèlerin – Pascal Salin, ancien président de la Société du Mont-Pèlerin.

Dans son ouvrage « Génération Occident » Frédéric Charpier revient sur le rôle prépondérant de Claude Harrmel dans la fondation de l’ALEPS. Harrmel tout comme Albertini avait rejoint après 1940 le parti collaborationiste (RNP). Arrêté à la Libération, Harmel purgera 4 ans de prison. Reconverti dans le combat anticommuniste de la guerre froide dès 1949, il participera à l’élaboration de plusieurs associations en lien avec l’UIMM. Harmel, ancien pronazi, avait été choisi par les Presses universitaires de France pour rédiger leur «Que sais-je» sur la CGT. Cela ne s’invente pas.

Droite et extrême droite : autopsie d’un lien de consanguinité 

1947 : les « missionnaires » du Mont-Pèlerin

En 1947, lorsque les fondements de l’Etat social se mettent effectivement en place dans l’Europe d’après-guerre, Von Hayek convoque ceux qui partagent son orientation idéologique. Il les réunit dans une petite station de villégiature helvétique, au Mont-Pèlerin, au-dessus de Vevey, dans le canton de Vaud. Parmi les participants célèbres à cette rencontre se retrouvent non seulement des adversaires déterminés de l’Etat social en Europe mais aussi des ennemis féroces du « New Deal » rooseveltien.

Dans l’assistance choisie, réunie en avril 1947 à l’Hôtel du Parc, on mentionnera Maurice Allais, Milton Friedman, Walter Lippman, Salvador de Madariaga, Ludwig von Mises, Michael Polanyi, Karl Popper, William E. Rappard, Wilhelm Röpke et Lionel Robbins. A la fin de cette rencontre est fondée la Société du Mont-Pèlerin.

Histoire et leçons du néo-libéralisme

La Société du Mont Pèlerin (MPS) est une organisation internationale, composée d’économistes, de chefs d’entreprise et de journalistes avec pour objectif déclaré de « réaffirmer et de préserver les droits de la propriété privée ». Sous l’impulsion du Prix Nobel d’économie 1976 Milton Friedman, grand promoteur de l’ultralibéralisme, cette organisation farouchement opposée au Keynésianismea inspiré la politique économique et sociale de Pinochet, Reagan et Thatcher.

Mont Pèlerin et think-tanks américains :

En 2007, Naomi Klein publiait « La Stratégie du Choc ». Dans cet ouvrage elle soulignait qu’un traumatisme collectif, une guerre, un coup d’état, une catastrophe naturelle, une attaque terroriste plongent chaque individu dans un état de choc. Après le choc, nous redevenons des enfants, désormais plus enclins à suivre les leaders qui prétendent nous protéger. S’il est une personne à avoir compris très tôt ce phénomène, c’est Milton Friedman qui conseilla aux hommes politiques d’imposer immédiatement après une crise des réformes économiques douloureuses avant que les gens n’aient eu le temps de se ressaisir. Il qualifiait cette méthode de « traitement de choc ».

La stratégie du choc – Naomi Klein

Le Chili du général Pinochet deviendra un terrain expérimental privilégié pour les « Chicago Boys», un groupe d’économistes chiliens des années 1970, formés à l’Université de Chicago et influencés par Milton Friedman et Arnold Harberger.

Comment la pensée devint unique, par Susan George (Le Monde diplomatique)

La Société du Mont Pèlerin MPS entretient des liens étroits avec l’Atlas Economic Research Foundation (Fondation Atlas), une association libertarienne fondée par Anthony Fisher qui fut également fondateur de l’ICEPS, International Center for Economic Policy Studies, rebaptisé plus tard « the Manhattan Institute », avec l’aide de l’avocat américain William Casey, qui deviendra plus tard directeur de la CIA. Cet institut a pour ambition d’appliquer les principes libertariens à l’économie sociale, et il influencera de façon décisive les « reaganomics » de Ronald Reagan.

Anthony Fisher, aux sources du thatcherisme et du reaganisme (English)

La Fondation Atlas finance un puissant réseau de plusieurs centaines de think tanks répartis à travers le monde. Leonard Liggio, ancien président de la Société du Mont Pèlerin (2002-2004), est actuellement vice-président exécutif de l’Atlas Economic Research Foundation. Le même Leonard Liggio est membre du conseil scientifique de l’Institut Turgot.
2008 : Paul Craig Roberts démissionne du « Mont Pèlerin ».

En août 2008, Paul Craig Roberts, ex secrétaire adjoint du Trésor américain sous Ronald Reagan et ancien rédacteur en chef adjoint du Wall Street Journal, s’explique sur les raisons de sa démission de la société du Mont Pèlerin :

J’en suis arrivé à la conclusion que la société du Mont Pèlerin n’agit plus en faveur de la liberté, et est devenue au lieu de cela un autre levier au service de l’hégémonie US, encerclant la Russie de bases militaires et de gouvernements fantoches au nom du « soutien à la démocratie ». Pour autant que je sache, la SMP ne s’est pas préoccupée des attaques de l’administration Bush contre les libertés civiles, ou contre le manque de respect dont l’administration Bush a fait preuve envers la Constitution et les lois internationales, en particulier les Conventions de Genève. La SMP n’a pas non plus fait exception face aux guerres d’agression US déclenchées selon des plans secrets.

Je ne vois pas comment cette Société peut fonctionner au nom de la liberté alors que son trésorier de longue date est si étroitement associé au Parti Républicain, aujourd’hui fortement infiltré par les néo-conservateurs. La rapidité avec laquelle la « Heritage Foundation » a sauté dans le train en marche de la propagande de l’administration Bush au moment de « l’Invasion russe de la Géorgie » met en relief l’association nouvelle du concept de liberté à l’hégémonie américaine.

I Resign From the Mont Pelerin Society by Paul Craig Roberts

Alain Madelin, son premier discours à la Société du Mont-Pèlerin en 1992 :

« De la démocratie providence à la démocratie humaniste ». Il n’existe pas de publication de cette conférence. Chaque participant est libre de la mettre en ligne. Le Mont Pèlerin ne publie pas.
http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSIFJ0Zg_4I-f86pNKnMzVE8C6fskxDKtqVLjtVt0vuLW8e-lmTkrTFfs7GLe Mont Pèlerin, de la droitisation des esprits aux dérives financières néo-maffieuses : 

Dans son film « Let’s make money » le réalisateur autrichien Erwin Wagenhofer revient sur les multiples aspects du développement du système financier mondial. Ce documentaire impressionnant est le tout premier film qui démonte les bases du système libéral et ses conséquences humaines, démographiques et écologiques. A travers les témoignages des différents acteurs de ce système, le réalisateur nous révèle les dérives d’une économie sans garde-fous : paradis fiscaux, chantage économique, investissements fictifs, etc. Une « logique » pleinement assumée par Gerhard Schwarz, qui nous explique que « les libéraux sont pour la libre circulation des biens et des capitaux mais pas des hommes, et que l’évasion fiscale est une infraction mais pas suffisante pour justifier la levée du secret bancaire ». Ancien trésorier de la Société du Mont Pèlerin, Schwarz est le responsable de la section financière de la Neue Zürcher Zeitung.

Parmi les autres intervenants de ce film documentaire, nous retrouvons John Perkins connu pour son ouvrage de 2005 Les confessions d’un assassin financier. Perkins confie avoir été recruté, lorsque il était encore étudiant, par une firme internationale de consultants nommée MAIN. Avant d’être engagé par cette firme, Perkins affirme avoir passé une entrevue pour un travail à la National Security Agency (NSA). Cette entrevue a servi de test pour devenir ce qu’il nomme un « assassin économique » dont le rôle fut de négocier avec le pouvoir en place, que ce soit un régime démocratique ou une dictature. Le processus reste simple mais efficace : identifier un pays qui a des ressources, accorder un prêt à ce pays pour l’endetter, négocier un juteux contrat (piller les ressources du pays) pour éponger la dette.

Les Confessions d’un assassin financier – John Perkins – Vidéo

Sous couvert de non-ingérence dans les affaires des autres, nous pouvons observer que les néo-libéraux ont en fait opéré une véritable droitisation des esprits par leur doctrine du laissez-faire, des maquillages financiers d’Enron à la fraude des subprimes. Leur laissez-faire a conduit le modéle libéral aux plus grands scandales financiers de l’histoire, une situation qui a bénéficié à un petit nombre au détriment de la grande majorité.

Xerfi Canal (WebTV) : Jean-François Gayraud présente « Le crime de la finance »

En Europe, Margaret Thatcher fut la représentation parfaite de la pression néolibérale sur les classes les plus défavorisées. Aujourd’hui, l’Angleterre offre des obsèques nationales à la « Dame de fer » qui, dans les années 80, livra un combat sans merci contre le syndicalisme et les droits sociaux.https://mail.google.com/mail/images/cleardot.gif

Archives de la revue Études marxistes : Thatcher et « l’ennemi intérieur »

« Nous préférons croire au mythe selon lequel la société humaine, après des milliers d’années d’évolution, a finalement créé un système économique idéal, plutôt que de reconnaître qu’il s’agit simplement d’une idée fausse érigée en parole d’évangile. »

« Les Confessions d’un assassin financier », John Perkins, éd. Editions Alterre, 2005, p. 247

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