AntiNeoCons

Front National : un monstre utile au libéralisme 

In Articles on 20 mai 2017 at 12 h 13 min

A chaque élection, nous n’y échappons pas. Là encore le FN et ceux à qui il rend service ont réussi à pourrir le débat. “Vous êtes avec nous, ou contre nous”, rabâchent-ils réciproquement. Ils n’ont pas leur pareil pour nous plonger dans une dramaturgie où le bien et le mal vont une fois encore s’affronter dans un combat à mort. “L’enjeu est tel que vous ne devez pas prendre le moindre risque”, disent-ils sans relâche. Il va donc falloir choisir son candidat, qui est « la digne héritière de Jeanne d’Arc » pour les uns, et “l’incarnation de la pureté républicaine” pour les autres. Cette exaltation a pour effet immédiat l’instauration d’un cadre de pensée qui hiérarchise les discussions : Du seul fait que la fin de campagne tourne à une vulgaire bagarre de chiffonniers, la question économique et sociale est mise de côté le temps de l’élection.

BHL, Valls, Sifaoui et consorts instrumentalisent le FN pour revendiquer leur rôle « républicain ».

Comment en est-on arrivé là ? Cette logique est elle rédhibitoire ? Peut-on sortir de cette aliénation ? Que faire pour lutter contre ce système ?

Pour tenter de répondre au mieux à ces questions, n’est-il pas primordial dans un premier temps de reconsidérer un segment récent de notre histoire ? 

1983 : Prémices d’une crise de sens

1983 marqua le tournant de la rigueur budgétaire, avec pour conséquence directe la fin des illusions qui avaient pu naître au soir de l’élection de François Mitterrand en 1981. Dans ce nouveau contexte économique, les revendications furent fraîchement accueillies par un pouvoir politique désormais orienté vers la stigmatisation. En janvier 1983, trois ministres socialistes accusent les grévistes CGT de Renault-Billancourt, pour la plupart des «travailleurs immigrés», d’être «agités par des groupes religieux», et d’être «des intégristes». Ils leur ordonnent expressément, en tant qu’«hôtes de la France», à «jouer le jeu de l’entreprise et celui de la nation». Les ministres en question étaient le Premier ministre socialiste Pierre Mauroy, le ministre socialiste de l’Intérieur Gaston Defferre, et le ministre socialiste du Travail Jean Auroux. Cette théorie du “complot islamique” prêchée par un gouvernement socialiste eu pour conséquence quelques mois plus tard la première percée significative pour un candidat Front National. A l’occasion de l’élection partielle de Dreux, la liste du FN, représenté par Jean-Pierre Stirbois, réalise au premier tour 17 % des voix, le meilleur score jamais obtenu par un candidat FN. Pour le second tour, la liste RPR/UDF incorpore quatre représentants du FN en place éligible. Dans la foulée Jacques Chirac, qui compte bien lui aussi profiter de la situation, déclare : « Je n’aurais pas du tout été gêné de voter pour la liste RPR-FN au second tour. Cela n’a aucune espèce d’importance d’avoir quatre pèlerins du FN à Dreux comparé aux quatre ministres communistes au conseil des ministres». En établissant une symétrie entre le PCF et le FN, Jacques Chirac venait d’ouvrir la voie à ce qu’il est convenu d’appeler la « lepénisation des esprits ».

1984 : Le jour où la télévision publique fabriqua un “monstre utile”

Avec pour simple prétexte le fait qu’il ait obtenu un siège de conseiller municipal dans le 20e arrondissement de Paris, J.M. Le Pen est l’invité de « L’Heure de Vérité » le 13 février 1984. J.M. Le Pen répond aux questions de trois journalistes : Alain Duhamel, Jean Louis Servan-Schreiber, et Alain Duroy.

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 Le discours de M. Le Pen se veut churchillien et compréhensif envers les dictatures des généraux chilien Augusto Pinochet et Francisco Franco en Espagne. Ce bredouillement sera cautionné en grande partie par la complaisance voir “l’aplaventrisme” des journalistes Alain Duhamel et Alain Duroy. Tous les deux d’ailleurs semblent ravis du discours anti-social de M. Le Pen. La rhétorique de ce dernier est ultralibérale, elle préconise la déréglementation de l’économie et la mise au pas des syndicats. Pour envenimer son récit, M. Le Pen plante à intervalle régulier des banderilles nauséabondes : « certains ne veulent pas travailler, d’autres notamment les immigrés profitent et vivent au crochet de ce qu’ils entreprennent », ou encore « communiste égal KGB ». Reprenant à son compte les ragots du Groupe Hersant, M. Le Pen affirme que George Marchais a travaillé en Allemagne sous l’occupation. Pour rappel : à la suite de plaintes, deux décisions de justice ont établi, sur la base de rapports d’historiens et de témoignages, que Georges Marchais est bien parti en Allemagne sous la contrainte. Ce soir là, M. Le Pen n’est que très peu contredit, bien qu’il distille un très grand nombre d’inepties telles que « le socialisme de MM. Chirac, Giscard d’Estaing et Mitterrand vise à détruire l’appareil capitaliste« . Avec le mépris de classe qu’on lui connaît, M. Duhamel relance M. Le Pen avec cette question totalement déplacée : « Que les choses soient bien claires M. Le Pen, quand il y a des réactions de racisme chez des gens qui sont quelquefois des gens simples qui n’ont pas fait d’études supérieures comme vous, ne pensez-vous pas avoir une part de responsabilité ?” “Non”, répond M. Le Pen, et en substance il ajoute « il faut dire la vérité sur la menace qui pèse sur les budgets à cause de la vague migratoire« . Pour l’occasion, François-Henri de Virieu, l’animateur de la soirée, assumera un vulgaire rôle de faire-valoir en réduisant sa modération à de sommaires commentaires : « M. Le Pen, vous n’êtes pas raciste ?.. car nous, on veut être simplement rassurés. Au final, seul Jean Louis Servan-Schreiber déstabilisera quelque peu M. Le Pen en rappelant le passé milicien d’un grand nombre de cadres du Front National. Le président du FN se défaussera une fois de plus en usant de formules grandiloquentes « c’est un procès en inquisition« , « moi, je suis un rassembleur« , « c’est le procès Le Pen » etc. De toute évidence, ce soir de février 1984 marqua un tournant décisif dans l’histoire du FN et de M. Le Pen. Car quatre mois après cette émission, en obtenant 10,95 % des voix aux élections européennes, le FN enregistrait sa première percée nationale.

 L’anti-lepénisme change de main et devient professionnel

 S’il est indéniable que les anti-lepénistes du premier âge, en plus bien évidemment de ceux qui subissaient le racisme, furent en grande partie des communistes, très vite dans le domaine de la lutte anti-FN, le PCF sera relégué au second plan. Comprenons qu’il n’était pas question pour la caste politique médiatique de laisser le Parti communiste reprendre la main sur le sujet de l’antiracisme alors que l’éclosion du FN avait été provoquée (nous allons le voir) afin d’occulter les questions sociales du paysage politique par une diversion qui fut surnommée « Le danger FN ». Qui plus est, pour répondre principalement au phénomène des délocalisations apparu au grand jour dans les années 1970, le PCF prônait le « Produisons français ». Ce slogan sera l’un des axes de réflexion de la campagne de Georges Marchais en 1981, mais il deviendra suspect en 1984 du fait que le FN modifia la formule en « Produisons français avec les français ». Très vite l’épouvantail FN allait atteindre une efficacité optimale, et dès lors, le parti communiste allait décliner, permettant ainsi aux apôtres de la dérégulation économique de pouvoir agir sans beaucoup de contraintes.

Quand SOS racisme…

Suite à une série de violences policières et de crimes racistes dans le quartier des Minguettes à Vénissieux dans la banlieue lyonnaise, En octobre 1983, suite au meurtre raciste d’une enfant de 13 ans, un mouvement autonome lance une Marche pour l’égalité et contre le racisme depuis Marseille, et va jusqu’à paris où elle réunira jusqu’à 100 000 personnes. Cette initiative, au demeurant fort louable, fut récupérée par le Parti socialiste, qui créera en 1984 à une toute nouvelle structure baptisée “SOS Racisme”. Cette association va jouer le rôle de “voiture balais” du Parti Socialiste, tant les personnalités influentes qui la composent ont un lien étroit avec le PS. Parmi les cadres nous retrouvons Harlem Désir (Secrétaire d’État des gouvernements Valls I et II et Cazeneuve), Malek Boutih (Député socialiste), Julien Dray (Député socialiste), Fodé Sylla (proche du parti socialiste en 2014, il devient ambassadeur itinérant du Sénégal), Dominique Sopo (président de SOS Racisme de 2003 à 2012, et depuis le 16 juin 2014, adhérent des jeunes socialistes et attaché parlementaire de Julien Dray), Loubna Méliane (a intégré le Conseil national du Parti socialiste lors du Congrès de Dijon en mai 2003 et assistante parlementaire de Malek Boutih). Cette liste non exhaustive de personnages-clés issus de SOS racisme et assujettis au PS, démontre à quel point la lutte contre le racisme peut être instrumentalisée. Pour appuyer nos propos revenons sur le témoignage d’un membre fondateur de l’association SOS Racisme. Serge Malik est l’auteur de l’Histoire secrète de SOS-Racisme. Dans cet ouvrage, Serge Malik expose les véritables enjeux de ces prétendus antiracistes. Il y accuse le Parti socialiste et l’ancien président François Mitterrand de manipulation. M. Malik décrit Julien Dray comme un opportuniste qui a très vite tout mis en oeuvre pour neutraliser les associations beurs susceptibles d’apporter la controverse. Sans aide publique, ces associations furent totalement étouffées. Ainsi dans le secteur de la lutte contre la discrimination raciale, SOS Racisme a régné localement et nationalement sans partage. Les initiatives impulsées par le PCF furent constamment contrariées par SOS Racisme qui est par ailleurs pleinement verrouillé par des cadres sionistes, un point clarifié par M. Malik qui nous aide à comprendre pourquoi la cause palestinienne est volontairement restée à l’écart des priorités de SOS Racisme.

 

… devient S.O.S. Fantômes

 Au vu de la piètre qualité et de la quasi inexistence des publications sur le sujet de la cause palestinienne, nous pouvons nous aussi affirmer que tout est fait chez SOS… pour laisser croire que les problèmes viennent du seul fait des arabes et des associations pro-palestiniennes. D’ailleurs SOS … ne fait que reprendre à son compte le prosélytisme pro-israélien, c’est-à-dire «Un chantage omniprésent à l’antisémitisme». Et ce type de chantage dans la version de SOS… nous donne : ”Que de déferlements de haines, de détournements et de propos d’excitation ces derniers jours ! Le plaisir malsain chez certains de parler de l’«entité sioniste» plutôt que de nommer Israël (voilà qui va aider les Palestiniens…), la référence – tout aussi malsaine car œuvrant à un retournement pervers visant à associer Israël au nazisme – d’un génocide en cours à Gaza, l’association – dans la même veine – du sionisme à un fascisme volontiers expansionniste alors même que le sionisme est un nationalisme traversé comme tout nationalisme par des courants d’une extrême diversité et que le «rêve» du Grand Israël a pris fin en 2006 avec le désengagement d’Israël de la bande de Gaza… Cette argumentation aussi confuse que tendancieuse nous prouve que le but recherché d’un tel article est avant tout de diaboliser la cause palestinienne.

A cela s’ajoute le fait que chez SOS…, les critiques envers la politique coloniale que mène depuis des décennies l’Etat d’Israël sont inexistantes. Julien Dray, qui est nous l’avons vu la figure majeur de SOS… Racisme, va même jusqu’à exhorter la France de s’inspirer « enfin » d’Israël en matière de lutte contre le terrorisme. Au lu de ce constat, comprenons bien que SOS… ne fera jamais aucune pression pour qu’Israël respecte expressément les résolutions de l’ONU. Mais comme il faut bien donner le change quand on s’appelle SOS…, ce billet (expéditif) sur le sort des Palestiniens se conclut d’un : « si l’on s’intéresse sincèrement aux sociétés israélienne et palestinienne, nous avons la responsabilité de nous comporter de telle sorte à construire la paix, non à répéter les haines ». Vous aurez sûrement remarqué vous aussi que ce type de formule au demeurant aussi vague que lapidaire “ne mange pas de pain”. Ce sophisme faussement consensuel a pour principal effet de maintenir un statu quo toujours défavorable au peuple palestinien.

Étant entendu que l’antisémitisme est le leitmotiv de SOS…, il est intéressant de s’attarder quelques instants sur la pire forme de nazisme que le monde ait connue depuis l’après-guerre, à savoir le néo-nazisme des milices ukrainiennes. Car comme nous le savons, elles sont au service d’un gouvernement allié de la France. A la requête via Google “SOS Racisme Ukraine”, nous n’avons pas trouvé le moindre dossier, alors même que les journaux britanniques relatent fréquemment le rôle des bataillons néo-nazis en Ukraine. Pour preuve : The Guardian, TheTelegraph, The Independent, The Sunday Times, BBC News. Des articles corroborés par Amnesty International qui dès septembre 2014 alertait les opinions publiques sur les crimes perpétrés par les troupes paramilitaires ukrainiennes. Ces groupes armés d’extrême droite furent identifiés par le quotidien israélien Haaretz, qui dès le début des événements en Ukraine rapportait que Pravy Sektor et Svoboda distribuaient des traductions de Mein Kampf et des Protocoles des Sages de Sion sur la place Maïdan.

La Palestine et l’Ukraine sont deux sujets centraux qui révèlent les contradictions d’une association qui surtout et avant tout, est au service d’une stratégie géopolitique dont les ordonnateurs acceptent de s’allier avec ce qu’il y a de pire. Il n’y a rien d’étonnant d’entendre Harlem Désir nous dire de Bernard Henri Levy, qu’il est “le grand frère stratège de SOS… Racisme” ?

BHListes et Lepénistes : l’entrecroisement idéologique

Au fil du temps l’anti-lepénisme vénal est devenu le domaine privilégié de ce qu’il convient d’appeler le “réseau BHL”. Ce dernier et ses amis ont de toute évidence flairé les avantages que procurait l’émergence du monstre FN. Le réseau BHL est atlantiste car assidûment aligné sur la politique guerrière de l’OTAN. La narration du réseau “BHL&Co” est particulièrement inspirée de celle modelée par les néo-conservateurs américains, qui ont rendu possible, par leur propagande, la mort de millions (quatre) d’êtres humains parmi les populations musulmanes. Ce qui au niveau français, démontre à ceux qui en doutaient que le FN est vraiment un monstre utile qui permet à nos gouvernants de faire oublier leurs propres monstruosités. En résumé, l’islamophobie permet de faire accepter plus facilement les massacres de musulmans.

A partir de ce constat, pourquoi les lepénistes ne profitent-ils pas réellement de cette faillite qui leur est offerte ? En premier lieu, n’oublions jamais que l’islamophobie a toujours été le fond de commerce du Front National. Mais la stigmatisation des musulmans est également partagée par l’ensemble de la galaxie néo-conservatrice française qui est de facto une composante de la sphère de l’anti-lepénisme vénal. Concrètement, Marine Le Pen a pris pour habitude de comparer les « prières de rue » des musulmans à une « occupation ». Dans le même temps, Caroline Fourest (réseau BHL) nous dit « les prières de rues [provoquent] l’exil de certains français vers le Canada ». Sur ces sujets, Sébastien Fontenelle réagissait en décembre 2010 dans un article intitulé Suivant Que Vous Serez Le Pen Ou Finkielkraut…, un billet qui indique précisément la symétrie de deux mondes qui, malgré un semblant de combat acharné, désignent en permanence la même cible.

Le néologisme «Islamofascisme» consiste à amalgamer Islam et fascisme. Il a été en grande partie exploité par Norman Podhoretz, l’un des pères fondateurs du néo-conservatisme qui a pour principale obsession d’aller bombarder l’Iran. Nous retrouvons l’argument de l’«Islamofascisme» chez BHL, mais aussi chez Caroline Fourest, Philippe Val et Alain Finkielkraut, prolongements du “réseau BHL”. Le camp Le Pen lui, a opté pour l’expression « fascisme vert» qui est également utilisé par Mohamed Sifaoui (réseau BHL). A titre d’anecdote évocatrice, rappelons-nous que l’ancien Premier ministre français Manuel Valls en février 2015 déclarait : « Pour combattre cet islamo-fascisme, puisque c’est ainsi qu’il faut le nommer, l’unité doit être notre force ». Et n’oublions pas non plus qu’un an après cet appel à la guerre, le président François Hollande (pseudo anti-FN) remit la Légion d’honneur au prince héritier d’Arabie saoudite qui coupe la tête aux femmes adultères et finance le terrorisme.

Mais l’entrecroisement doctrinal entre les Lepénistes et les néocons français va plus loin. Signalons ainsi Pascal Bruckner (réseau BHL), qui appelait à faire front avec le FN contre l’islamisme dans les colonnes du Figaro en décembre 2015. Dans cet appel, Bruckner ne fait que confirmer la réelle proximité idéologique entre les deux camps, même si leurs intérêts sont divergents. Autre fait incontournable qui signale des points de vue communs aux 2 camps “opposés”, l’aplomb du Big Boss du droit-de-l’hommisme parisien, Bernard Henri Levy, quand il affirmait début 2014 “il n’y a pas de néo-nazis, ni d’antisémites place Maïdan à Kiev”. Alors que dans le public qui assistait à son allocution, il est facile de reconnaître une majorité de drapeaux frappés de la main à trois doigts du logo de Svoboda, le parti néo-nazi ukrainien, dont le leader Oleh Tyahnybok a déclaré entre autre : “il faut purger 4000 juifs en Ukraine.” En 2004, Tyahnybok appelait déjà à lutter contre qu’il qualifiait de « mafia juive – moscovite ». Ce qui n’a pas empêché en novembre 2009 le Front National, représenté à l’époque par son président Jean-Marie Le Pen accompagné de Bruno Gollnisch, de recevoir dans ses locaux le leader du Parti

Commémoration du 70e anniversaire de la création de la division SS Halychyna, Ukraine, le 21/07/13 (Crédit : Louis Monnier)

Ukrainien Svoboda, Oleh Tyahnybok, ainsi que son chargé des relations internationales Taras Osaulenko. Une “charmante compagnie” qui, pas plus tard qu’en 2013, commémorait encore avec ses militants de Svoboda le 70e anniversaire de la création de la division SS Halychyna qui est notamment responsable du massacre de 365 habitants d’origine polonaise à Palykorovy en 1944.

La stratégie du choc

En 2007, la journaliste canadienne Naomi Klein écrit « La Stratégie du Choc: La montée d’un capitalisme du désastre ». Dans ce livre, Naomi Klein soutient que les désastres (catastrophes naturelles, changements de régimes, attentat), occasionnent des chocs psychologiques. Après le choc, Klein insiste sur le fait que nous redevenons des enfants, désormais disposés à suivre un pouvoir qui prétend nous protéger. Une diversion qui a permis bien au contraire aux ultralibéraux initiateurs de cette technique, de mettre en oeuvre au passage la doctrine de l’école de Chicago qui préconise entre autre la privatisation de l’énergie et de la sécurité sociale. Le Prix Nobel d’économie en 1976 Milton Friedman, conseilla aux hommes politiques d’imposer immédiatement après une crise les réformes économiques douloureuses, avant que les gens n’aient eu le temps de se ressaisir. Il qualifiait cette méthode de “traitement de choc”. En France, une simple rétrospective qui parcourt l’histoire du Front National démontre clairement que « le monstre FN » remplit depuis plusieurs décennies le rôle de désastre potentiel. C’est pourquoi il y a fort à parier que les soutiens (ultralibéraux) de l’équipe Macron tenteront expressément de profiter d’une situation favorisée par la présence du Front National au deuxième tour de l’élection présidentielle, pour planifier une politique économique et sociale défavorable au plus grand nombre et imposée par ordonnance ou recours à l’article 49.3 de notre Constitution.

Le “ni-ni”, nouveau blasphème anti “béni-oui-oui” ?

Un certain nombre d’intellectuels et de responsables politiques refusent l’injonction appelée « Front Républicain » qui nous est imposée depuis bientôt 35 ans lors des diverses élections. Il semble que cette idée ait pourtant fait son chemin car au soir du 27 avril 2017, nous avons assisté à des manifestations contre l’affiche du deuxième tour de l’élection présidentielle (Le Pen/Macron). Les slogans étaient : « Ni Le Pen ni Macron », « Ni Banquier Ni Raciste». Bien que le résultat de l’élection ait été entendu dès le premier tour, le « ni-ni » proposé fut aussitôt fustigé par les chantres du catéchisme d’Etat qui, à l’instar du plus zélé de tous Manuel Valls, crièrent à la « faute morale ». Le pouvoir perçoit-il le danger d’une nouvelle insoumission ? Serions-nous à la veille d’un processus de transformation des règles préétablies? Rappelons qu’1 Français sur 3 n’a pas voté pour l’un des 2 candidats.

Catholiques zombies contre catholiques traditionalistes ?

La notion de « Catholique zombie » a été conceptualisée par les intellectuels français Emmanuel Todd et Hervé Le Bras dans leur ouvrage commun « Le Mystère français ». Selon les deux chercheurs, le « catholique zombie » est une personne fraîchement déchristianisée. Dans Qui est Charlie ? Emmanuel Todd précise que le « catholique zombie » est issu de la classe moyenne et qu’il affiche des valeurs libérales et républicaines. Mais si l’on en croit E.Todd, les véritables motivations du « catholique zombie » sont beaucoup plus prosaïques que l’idéal proclamé. Ses arrière-pensées seraient, pense fortement Todd, marquées par le conservatisme, l’égoïsme, la domination, l’inégalité et le rejet des enfants d’immigrés. E.Todd insiste sur le fait le « catholique zombie » est un « européiste » convaincu, qui fut favorable au traité de Maastricht de 1992 et, cela va de soi, favorable au référendum pour la Constitution européenne en 2005. Si nous combinons l’idée directrice de ce billet au raisonnement de Todd, nous pouvons envisager que la figure de proue du catholique zombie n’est autre que notre nouveau Président Emmanuel Macron. Car assurément, notre nouveau président aura surtout bénéficié, lors du premier tour crucial de l’élection présidentielle de 2017, de la France des classes moyennes décrite par E. Todd ci-dessus.

Le camp d’en face lui se revendique (à demi-mot) “traditionaliste”. D’ailleurs le programme scolaire du FN met l’accent sur la nécessité d’ «instaurer le port de l’uniforme», et la «promotion du roman national». Alors que M. Macron s’est distingué en affirmant haut et fort «Il n’y a pas de culture française». Mais comme on ne voit pas pourquoi le leader des «catholiques zombies» ne serait pas parfois le jouet de ces réminiscences archaïques, il arrive à M. Macron de marcher sur les plates-bandes de l’extrême droite. Dans un billet précédent, nous sommes revenus sur la visite au Puy-du-Fou de celui qui était il y a encore quelques temps le Ministre de l’économie d’un pouvoir dit “socialiste”. Là, Emmanuel Macron a rencontré l’une des figures emblématiques de l’ultra-droite islamophobe française Philippe de Villiers (soutien de Marine Le Pen). Nous avons vu également que pour Emmanuel Macron, il manque un roi à la France : «Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort.» (extrait d’une interview accordée à Le Un Hebdo, le 8 juillet 2015). A Orléans le 8 mai 2016, Emmanuel Macron a salué Jeanne d’Arc qui « a su rassembler la France ». Jeanne d’Arc dont le FN a fait son égérie. Au vu de ce recueil succinct mais explicite, Emmanuel Macron semble conforter la thèse développée par Todd et Le Bras.

Conclusion

En période électorale les lepénistes et les pseudo anti-lepénistes nous imposent un entre-soi qui génère une dialectique et des polémiques permanentes entre leurs 2 pôles. Cette méthode inconvenante cherche à nous persuader que le Front National est aux portes du pouvoir (pour le plus grand bonheur ou le contraire selon le camp). Pourtant ce raisonnement est totalement grotesque, tout bonnement parce que “l’Occupation” a laissé une empreinte durable dans l’esprit collectif des français, et que “la Collaboration” est un fait incontestable dans la genèse du FN. Parmi les membres du premier conseil d’administration, nous retrouvons Brigneau qui est un ex-membre d’Ordre Nouveau. Sous l’occupation il avait rejoint le parti collaborationniste de Marcel Déat, le RNP. Alain Robert lui fut militant d’Ordre Nouveau, d’Occident et de Jeune Nation avant d’être intégré à la droite classique. Pierre Bousquet était Rottenführer de la division SS Charlemagne. A partir de ce constat, comprenons bien que Vichy et la xénophobie sont l’ADN du Front National, et que les redondances racistes dans le discours du FN sont la condition sine qua non de la survie de ce Parti. En conséquence, le FN même si il change de nom n’a que très peu de chance d’accéder un jour au pouvoir. En premier lieu du fait de son histoire et de sa réputation, et en second lieu en raison du nom Le Pen inhérent au Front National, et qui resterait le marqueur identitaire d’un Front National bis.

Pour autant, il ne faut pas négliger la nocivité de ce mouvement du simple fait qu’il a permis l’émergence de plusieurs autres escroqueries, la dernière en date ayant pour nom Emmanuel Macron. Grâce à la complicité des pseudo antiracistes, notre nouveau président, fort du résultat obtenu au second tour de l’élection présidentielle, va pouvoir sans contrainte s’employer à démanteler le code du travail, déréglementer l’économie, et cautionner les crimes de l’OTAN aux côtés d’états qui ne respectent pas le droit international au prix de catastrophes humanitaires dont le FN récupère les braises. Mais ne parions pas trop vite sur une adhésion ou un consentement définitif. La manipulation des populations ne fonctionne qu’un temps, et le “nini” annonce peut-être le déclin des manipulations politico-médiatiques qui divisent la France depuis 35 ans.

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